L’Ordre « municipalisé » de la Gaspésie

L’Ordre « municipalisé » de la Gaspésie

Selon Jean-Marie Fallu

En entrée de jeu, je me dois de saluer l’heureuse initiative du Musée de la Gaspésie d’avoir mis en place l’Ordre de la Gaspésie.

Madame France Côté, présidente          

Musée de la Gaspésie

Madame la présidente,

Au moment où on vient de dévoiler les récipiendaires de la 2e édition de l’Ordre, j’ai quelques commentaires, questionnements et suggestions à vous soumettre dans le but de mieux clarifier et améliorer certains aspects touchant l’admissibilité et la participation du public à l’Ordre. Mes propos sont les mêmes que ceux je vous ai déjà adressés lors de l’Assemblée générale annuelle du Musée en mars dernier.

Le fait que les candidatures soient recommandées par les conseils des maires de chacune des MRC et qu’à l’occasion de la présente édition deux récipiendaires proviennent des municipalités posent, à mon avis, une questionnable apparence de conflit d’intérêt ou du moins un certain problème d’éthique. Je pense que le partenariat municipal par l’entremise des conseils des maires est en soi une bonne façon de bien cerner l’ensemble de la Gaspésie, mais qu’il se doit d’être mieux encadré.

L’ingérence des maires dans le choix des récipiendaires

Si l’on se réfère aux critères ou aux règlements de l’Ordre, il est mentionné que chaque candidature est recommandée par « Le conseil des maires d’une MRC ou un jury formé par celui-ci. ». Le « ou » me semble fort questionnable, car le fait qu’il n’y ait pas une obligation des maires de former un jury indépendant ouvre la porte à  l’ingérence des maires dans le choix des récipiendaires. Et on mentionne à un autre endroit que « Les conseils des MRC ont entière liberté pour désigner les récipiendaires de l’Ordre s’ils respectent les conditions déterminées par l’Ordre. Dans ce cas, leur recommandation est acceptée sans condition. » On fait preuve ici d’une très grande largesse envers les maires et d’une déresponsabilisation du usée dans le choix des récipiendaires. A-t-on affaire à un Ordre de la Gaspésie décerné par le Musée à un semblant d’Ordre municipal de la Gaspésie?

Quelles sont donc ces conditions qui conduisent à un refus par le Musée? On ne le sait pas et le Musée, de même que les conseils des maires, ne semble pas se formaliser du respect d’un minimum d’éthique. Est-il possible et acceptable qu’un conseil des maires suggère comme récipiendaire un maire en fonction – étant en plus le préfet, donc celui qui préside le conseil des maires – et, dans un autre cas, un employé municipal ayant des responsabilités de direction, et que ça puisse respecter sur le plan éthique les conditions déterminées par l’Ordre? Si ces candidatures respectaient vos conditions d’admissibilité, sur la base de quels critères en termes d’éthique ces choix sont-ils défendables? Notez qu’il ne s’agit pas dans ces deux cas, de porter un jugement sur le mérite des récipiendaires, mais bien de questionner l’aspect éthique entourant l’admissibilité de ces candidatures venant du milieu municipal.

Un manque de rigueur

Un autre critère stipule que « Les employés et les administrateurs du Musée ne sont pas admissibles à l’Ordre » Si je me réfère à la première édition de l’Ordre, vous avez accepté la candidature de quelqu’un qui était hautement méritoire, mais qui était administrateur du Musée, ce qui contrevenait à vos règlements. Je pense que dans ce cas, compte tenu de l’envergure régionale de cette candidature, vous auriez dû en faire un récipiendaire hors catégorie pour éviter de transgresser l’un de vos critères. Au lieu de laisser planer un doute dans le public sur le non-respect de l’un de vos critères d’admissibilité, n’aurait-il pas été approprié de faire preuve de  transparence en mentionnant qu’il s’agit là d’un cas exceptionnel?

Des mises en candidature en vase clos

L’un des règlements mentionne que l’Ordre est sous la supervision d’un comité autonome créé par le conseil d’administration du Musée et qu’il voit, entre autres, à « solliciter les mises en candidatures ». Ce comité est-il en action? Pour éviter que tout se fasse en vase clos, il faudrait faire preuve de plus de transparence et d’ouverture en sollicitant par la voie des médias les Gaspésiens et Gaspésiennes à soumettre des candidatures à des jurys indépendants.

Mettre un peu d’ordre dans l’Ordre

En conclusion, je vous invite à mettre un peu d’ordre dans l’Ordre, à le « démunicipaliser » ou du moins à le dépolitiser en enlevant aux maires toutes formes de possible copinage ou d’accroc sur le plan éthique pour éviter que l’Ordre ne soit qu’un Ordre municipal. Je vous invite donc à procéder dans les meilleurs  délais à une révision en profondeur du processus d’admissibilité pour qu’on ait l’assurance que l’Ordre de la Gaspésie soit vraiment sous le contrôle du Musée de la Gaspésie, évitant ainsi qu’il devienne un « Ordre municipal » qui pourrait en venir à s’apparenter à un « Désordre municipal ».

Enfin, je vous invite à faire preuve de plus d’ÉTHIQUE, de RIGUEUR d’OUVERTURE et de TRANSPARENCE. Donc, oui au partenariat municipal, mais non à « l’entière liberté municipale », pouvant conduire à de possibles formes de tripotage municipal des candidatures.

Le Prix mérite culturel gaspésien (1984-2004) : un oublié

Un dernier point en terminant. Dans la promotion qu’il fait de l’Ordre, le Musée signale qu’après avoir mis en place le Musée, le Centre d’archives et le Magazine Gaspésie, il ajoute un quatrième volet à sa mission qui est l’Ordre de la Gaspésie. Or, ceci n’est pas tout à fait vrai car le Musée passe sous silence l’existence du Prix mérite cultuel gaspésien (PMCG) qu’il a décerné pendant vingt ans, de 1984 à 2004. Il serait à mon avis plus approprié d’indiquer que l’Ordre est en continuité avec le PMCG que de nombreux Gaspésiens et Gaspésiennes très méritoires se sont vus décerné au cours de ces années, dont Bona Arsenault, J-Louis Lévesque, Réal-Gabriel Bujold, Maurice Joncas, Noël Audet, Sylvain Rivière, Michel LeMoignan, Claude Picher, Mario Mimeault, Laurence Jalbert, Enid LeGros et Claude Allard pour ne nommer que ceux-là.

Voici, en résumé, mes suggestions en vue de réviser l’Ordre de la Gaspésie :

–       que les conseils des maires aient l’obligation de s’en remettre à un jury indépendant pour la sélection des candidatures;

–       qu’un critère spécifie que les maires en fonction et les employés municipaux  ne sont pas admissibles à l’Ordre;

–       que le public soit invité à soumettre des candidatures;

–       qu’il soit fait mention dans sa promotion que l’Ordre de la Gaspésie est en continuité avec le Prix Mérite culturel gaspésien remis par le Musée de 1984 à 2004.

En souhaitant que ces suggestions puisent vous guider dans une refonte de l’Ordre de la Gaspésie, je vous prie d’agréer, madame, l’expression de mes meilleures salutations.

Jean-Marie Fallu, membre du Musée de la Gaspésie.