Est-ce la fin de la classe de mon fils ?

Est-ce la fin de la classe de mon fils ?

Grégoire Bisson

Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Objet : La fin de la classe de mon fils Monsieur le Ministre, En 1989, mes enfants, Gabriel et Grégoire, ont été happés par une voiture alors qu’ils

Bien que, à 34 ans, son niveau d’autonomie ne lui permette pas de voler de ses propres ailes, les progrès accomplis depuis qu’il a quitté l’hôpital, en 1990, sont gigantesques. Grégoire doit une large part de cette évolution à sa scolarisation, qui lui a permis de recouvrer ses acquis, notamment en lecture et en écriture, mais, surtout, qui a grandement favorisé son intégration dans la communauté de Bonaventure.

Aujourd’hui, Grégoire fréquente la classe de formation à l’intégration sociale (FIS) de l’éducation des adultes à raison de deux jours par semaine, et cela, d’octobre à mai. La fréquentation de cette classe ne le rendra pas apte au travail, à moins que ce ne soit dans un milieu très encadré et pour un nombre d’heures restreint. Il participe déjà à un atelier de déchiquetage de documents confidentiels encadré par l’association des personnes handicapées du territoire à raison de trois heures par semaine. Avec son absence de mémoire à court terme, il a le profil idéal pour faire ce travail. Je lui répète constamment que ce travail est essentiel pour la communauté et qu’il est la meilleure personne pour le faire.

La fréquentation de la classe de FIS lui permet de conserver ses acquis, de continuer à développer ses habiletés sociales, d’avoir un lien avec la communauté, d’avoir une vie, d’avoir sa vie.

Il est malheureusement possible que Grégoire en soit à ses derniers jours de classe, comme plusieurs de ses amis. Il se peut effectivement qu’à la suite de l’actualisation du programme d’études Services de formation à l’intégration sociale, les personnes qui fréquentent cette classe soient soumises à une évaluation visant à identifier ceux et celles qui pourront faire des acquis scolaires significatifs, voire éventuellement accéder à un emploi. Pour moi, il existe un risque évident qu’à la suite de cette évaluation, Grégoire, comme plusieurs de ses amis, ne puisse plus fréquenter la classe d’intégration sociale de Bonaventure.

Monsieur le Ministre, ces personnes vivant avec des handicaps, parfois sévères, souhaitent leur intégration la plus complète qui soit à leur communauté, et cela passe par la classe d’intégration sociale. Il est inconcevable de penser que le ministère de l’Éducation resserrera l’accès à cette classe alors qu’il soutient financièrement des écoles juives qui ne respectent pas le régime pédagogique (« Des années de laxisme », La Presse, 1er mai 2016) et qui ne démontrent pas de véritable intérêt à s’intégrer à la communauté québécoise.

Il est loin le temps où les personnes vivant avec un handicap étaient cachées. Aujourd’hui, leur bloquer l’accès aux classes d’intégration sociale équivaudrait à amorcer un retour vers cette malheureuse époque.

Monsieur le Ministre, mon fils ainsi que ses confrères et consœurs de classe comptent sur vous. Ils espèrent que vous leur permettrez de poursuivre leur démarche d’intégration sociale. Donnez-leur cette chance.

Aurélien Bisson

Bonaventure