Dossier spécial (1re partie) : Baleines noires : retour sur l’été 2017

La baleine noire de l’Atlantique Nord est une espèce en voie de disparition.

(Un texte de Stéphane Plourde Sciences – Pêches et Océans Canada) Durant l’été 2017, une douzaine de carcasses de baleines noires de l’Atlantique Nord ont été retrouvées dans le golfe du Saint-Laurent, principalement entre la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine. Habituellement, ce sont de deux à quatre cadavres qui sont recensés chez cette population chaque année dans l’ensemble de son aire de distribution.

Il s’agit là d’un événement exceptionnel qui sème l’inquiétude compte tenu du fait que la baleine noire – ou baleine franche – est classée « espèce en voie de disparition » selon la Loi sur les espèces en péril du Canada. En effet, la baleine noire ne compte plus que 500 individus environ sur la planète. Et les menaces à son rétablissement sont nombreuses : collision avec des navires, empêtrement dans des engins de pêches, bruit sous-marin et difficulté à accéder à sa nourriture, le zooplancton.

Actions entreprises

La mort d’autant de baleines noires cet été a amené Pêches et Océans Canada (MPO), la Garde côtière canadienne et Transports Canada à entreprendre une série d’actions en vue de tenter de mettre fin à cette situation sans précédent. Les mesures visaient essentiellement les pêches et le transport maritime. La pêche au crabe des neiges a d’abord été fermée partiellement dans le sud du golfe du Saint-Laurent. D’autres pêches ont également été limitées, reportées ou fermées pour les mêmes motifs. Par la suite, les navires mesurant plus de 20 mètres ont été contraints – et le sont toujours depuis le mois d’août – de respecter une limite de vitesse de 10 nœuds dans une zone bien spécifique délimitée à partir de l’analyse des lieux fréquentés par les baleines noires. Pour s’assurer que cette nouvelle réglementation soit respectée, Transports Canada et Pêches et Océans Canada réalisent une surveillance aérienne de la zone de restriction. Les centres de Services de communication et de trafic maritimes (SCTM) de la Garde côtière canadienne sont également impliqués dans le travail de surveillance des navires (voir l’article Les centres de SCTM de la Garde côtière canadienne participent aussi à la protection des baleines noires).

Simultanément, sur le plan scientifique, d’autres actions ont été menées dans le but d’identifier les causes possibles de la mort des baleines. Le MPO a ainsi effectué des analyses de toxicité d’échantillons de zooplancton récoltés en juin dans la zone visée afin de vérifier la possibilité que les baleines puissent avoir été affectées par une éventuelle floraison d’algues toxiques. Une équipe en modélisation océanique a en outre évalué le potentiel de collisions entre des navires et les baleines aux moments et lieu présumés de leur mort.

Changement de sites d’alimentation

Le taux de mortalité élevé pourrait aussi être associé à un changement récent de distribution de la population de baleines noires. Au printemps, celles-ci migrent vers le nord pour s’alimenter de zooplancton riche en énergie (principalement les copépodes du genre Calanus). Deux des habitats d’alimentation connus sont dans les eaux canadiennes, soit les bassins de Grand Manan (baie de Fundy) et de Roseway (plateau néo-écossais). Or, les baleines noires ont abandonné ces deux habitats depuis 2014, la situation semblant être associée à une forte diminution de la disponibilité des Calanus. Comme le Calanus est généralement abondant dans le golfe, cette région pourrait représenter une solution de rechange aux habitats habituellement fréquentés.

Nécropsies

Six nécropsies ont été réalisées sur des carcasses récupérées cet été afin d’approfondir les causes potentielles de la mort de ces cétacés. Le rapport réalisé par le Réseau canadien de la santé de la faune, dans le cadre d’un partenariat entre la Marine Animal Response Society et le MPO, a été rendu public le 5 octobre dernier. En se basant sur le cas des spécimens étudiés, le rapport confirme que les causes les plus probables de la mort de ces baleines sont les collisions avec les navires et les enchevêtrements dans les engins de pêche.

Protection et rétablissement de l’espèce

Au cours des prochains mois, le gouvernement du Canada rencontrera les représentants des industries de la pêche et du transport maritime, les collectivités autochtones, les experts des baleines et les scientifiques ainsi que la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis. L’objectif est de planifier les mesures à mettre en œuvre l’été prochain en vue de protéger les baleines noires de tout autre danger.

Par ailleurs, dans le cadre de son programme de rétablissement de la baleine noire, Pêches et Océans Canada soutient depuis cinq ans un programme de recherche dans le golfe du Saint-Laurent. Ce dernier comprend :

  • un effort d’observation accru sur les plateformes d’échantillonnage du Ministère;
  • l’analyse de données spatiales à grande échelle du zooplancton afin d’identifier de nouveaux habitats d’alimentation;
  • le développement de modèles couplés biologie-physique de transport de Calanus;
  • un réseau d’hydrophones permettant un suivi à haute résolution temporelle de la présence des baleines noires à partir de leurs vocalises à des sites spécifiques.

Les renseignements recueillis dans le cadre de ce programme permettront éventuellement de désigner de nouveaux habitats d’alimentation et de soutenir les actions visant le rétablissement de la population de baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent.